L’ère du « bling-bling »
Il suffit de voir l’expression nerveuse sur le visage des passants pour comprendre que chacun essaye de se sauver, remporter la course contre la montre et ne pas trop se poser des questions ; car se poser des questions, signifie ralentir…et donc perdre de l’argent.
L’argent n’est plus Roi mais Dieu dans nos pays riches, et malheureusement grâce au satellite cette image est aussi envoyée sur des continents bien plus pauvres. Le pire, c’est que nous savons que ce rêve, cet « american dream » n’existe pas et pourtant nous ne faisons rien, absolument rien pour le démonter et prouver qu’il n’est plus valable comme utopie.
Après avoir nourris pendant des décennies d’après guerre mondiale le rêve de « l’argent qui fait le bonheur », nous sommes arrivés au constat amer que l’argent avec pour but la consommation de masse, dirige nos vies mais ne nourrit plus directement le bonheur. Nous y avons laissé au passage quelque degré de lien social, laissé au bord de la route vers le capitalisme, car non rentable, et nous avons laissé crever nos anciens quand la vague de chaleur est arrivée un été de ce nouveau millénaire.
Une fois l’indignation politiquement correcte passée, aucun questionnement sur notre système de société n’a été posé collectivement. Chacun s’activant à chercher comment rentabiliser ses investissements personnels pour l’avenir. Sauf que nous avons oublié que l’avenir se construit collectivement…
Ironie du sort, nous regardons pulluler sur internet les sites de rencontres de gens en apparence jeunes, beaux et intelligents qui cherchent désespérément l’amitié ou l’amour. Nous avons complètement perdu le sens des valeurs simples et bêtement humaines, que nous essayons de retrouver en consommant toujours plus, pour paraître plus beau, plus jeune, plus à la mode, et pour finalement rechercher le regard de l’autre. Comme pour se singer les uns aux autres, nous avons pensé que c’était la seule façon de vivre aujourd’hui alors les personnes jeunes, belles et intelligentes seraient justement récompensées de leurs efforts et les autres se verraient réservés les seconds rôles.
Or, en voyageant un peu dans ce monde, nous avons encore la possibilité de trouver par chance des endroits où les individus n’ont que faire des accoutrements, des allures, de la religion ou de la richesse de chacun mais solliciteront votre capacité de partage et d’humanité. C’est ce monde là qui est aujourd’hui en danger. Non seulement parce que nous pensons qu’il est arriéré, voire « sous-développé », mais aussi parce que nous avons réussis à convaincre les populations de ces pays qu’ils étaient « en retard » dans l’Histoire. S’ils sont en retard, nous avons pris de l’avance sur l « highway to hell »….parce qu’en partant nous avons oublié ce qui construit le bonheur : l’entraide.
La réalité du monde est tellement passée pour fiction, que nous attendons le grand coup de pub, ou la catastrophe du siècle à la télé, pour que les media nous disent de nous réveiller…Alors nous nous mobilisons massivement mais toujours : l’argent. Nous n’avons pas encore compris que l’argent est peut être le problème et la cause de beaucoup de maux, mais elle n’en est certainement pas la meilleure solution dans la plupart des cas. Nous saupoudrons de billets verts et de sacs de riz quand la conscience nous le demande, mais nous avons laissé au placard notre esprit critique et toute notre conscience citoyenne.
Le rôle d'un peuple en démocratie n’est pas seulement d’assister aux frasques de nos représentants blindés de thunes, mais de faire pression, car ils existent grâce à nous. Et cela, nous l’avons oublié. Pourquoi ? Parce que nous n’avons plus le temps de penser.
Alors, le pire dans nos démocraties dites « modernes » peut encore arriver, et le populisme n’en est pas étranger.